Nous redoutions un peu l’arrivée à Madagascar. Après plus d’un mois posés à Maurice et à la Réunion, où tout est facile, il faut se remettre en mode routard, sacs à dos et transport en commun. Mais surtout, on entend beaucoup parler de problèmes de sécurité, on nous met en garde, et même les guides de voyages, notre lecture principale depuis 6 mois, ont des tendances alarmistes… Pourtant, à peine un pied posé en terre Malgache, nous sommes conquis!
Nous attérissons à Nosy Be, une île du nord-ouest de Madagascar. C’est sans doute l’endroit le plus touristique du pays, réputé pour ses belles plongées. Mais ici, le tourisme n’a rien de l’ampleur qu’on peut imaginer, surtout en basse saison, et nous ne voyons pas grand monde passer depuis notre terrasse sur la plage… Enfin, pas beaucoup de blancs car de l’animation, ici, il y en a toujours. Les enfants jouent toute la journée devant nous sur la plage, les femmes passent avec des paniers pleins de fruits sur la tête, les hommes partent en mer sur des pirogues colorées, le dimanche, tout le monde se retrouve sur la plage pour danser, un verre de rhum à la main… Nous passons là deux jours, à nous acclimater sans difficulté à l’ambiance locale. Mais nous découvrons également une autre facette de Nosy Be, beaucoup moins réjouissante : les rues des villages sont adorables, mais il vaut mieux s’y balader de jour car le soir, on y croise beaucoup de vieux blancs, presque toujours français, en compagnies de trop jeunes femmes malgaches… Et sans aucun complexe! Leurs discours hérissent le poil et donnent souvent envie de quitter le restaurant avant la fin du repas. Qu’importe, on en profitera la journée.
Une île déserte pour Charlotte et de belles virées dans le monde du silence pour Nico, voilà ce qu’il nous faut : sortie plongée sur l’îlot de Nosy Tanikely.
Puis nous partons nous installer sur Nosy Komba. Au départ pour quelques jours… Nous y resterons une semaine. Difficile de ne pas tomber sous le charme de ce petit village, sur cette petite île où il n’y a pas de voiture, et où l’électricité est fournie le soir par des panneaux solaires et des groupes électrogènes. Tous les batiments sont en bois, les ruelles très étroites, les femmes brodent des nappes sur le pas de leur porte, et toujours, partout, tout le temps, des enfants qui jouent. L’eau est bleue, les plongées sont belles, et il y a même une petite bibliothèque dans l’hôtel… On est bien ici!
Si bien qu’on prend vite nos petites habitudes. Tous les soirs, on achète quelques bananes et on part nourrir nos amis les lémuriens. Ils sont sauvages mais plus vraiment, ils montent même sur nos épaules pour attraper les fruits, ils se laissent un peu carresser… Vraiment de bonnes têtes, trop mignons!
Nous passons une journée en compagnie d’Yvonne et de son petit-fils Olivier. Yvonne est la femme du village qui connait les plantes et leurs vertues médicinales, et elle propose aux touristes une journée dans le centre de l’île. Elle nous montre, décrit, fait sentir, une multitude d’espèces, nous fait goûter des fruits inconnus. Beaucoup des plantes qu’elle nous montre ont selon elle des effets qui calment l’hypertension, ceci explique peut-être la nonchalance des gens d’ici… Nous découvrons des plantations de cacao, de vanille, de café… Elle nous amène déjeuner dans une famille qui vit loin de tout, dans la montagne, au centre de l’île. Le café est pilé, torréfié et moulu devant nous avant d’être servi à la fin d’un repas local gargantuesque. Elle transmet ses connaissances à Olivier, qui lui succèdera et qui chahute dans la fôret qu’il connait déjà comme sa poche. Ils nous ont fait passer un très bon moment!
Autour de l’île, il y a plusieurs îlots inhabités, certains seulement visibles à marée basse. On emprunte une pirogue et on part découvrir les environs. On se sent des âmes d’explorateur en accostant l’île cimetière, de naufragés quand on pique-nique sous les arbres, et on se croirait parfois au banc d’Arguin, seul sur un bout de sable.
Voilà, la vie au rythme de Madagascar, mora mora, comme on dit ici, pas trop vite. Mais les jours défilent eux à toute allure et il est déjà temps de prendre l’avion qui nous amènera à Tana. Nous nous éloignons temporairement de la côte pour continuer le voyage par la route qui descent jusqu’au sud du pays, la célèbre RN 7 nous attend!