Ca y est, depuis le temps qu’on cherchait du travail, on a enfin trouvé!… Il suffisait d’un coup de fil.
Ici, quand on cherche un travail dans les fermes, on consulte les annonces d’un organisme national, le Harvest Trail, qui regroupe les demandes en main d’oeuvre dans tout le pays. Seulement voilà, jusqu’à maintenant, on ne passait que par internet et les annonces étaient toujours trop vieilles ou demandaient des qualifications que nous n’avons pas.
Mais en téléphonant, quelle bonne surprise d’apprendre qu’une vingtaine de pickers était demandée pour ramasser des oignons à Aratula, juste à côté de Brisbane où nous nous trouvions! Ni une, ni deux, on prend la route tout content d’avoir enfin du boulot. En arrivant sur place en milieu de journée, nous appelons Scott, notre contact, pour lui dire que nous sommes arrivés, certains de commencer à travailler le lendemain… Scott vient à notre rencontre et nous dit d’enfiler des chaussures fermées, une casquette et de prendre une bouteille d’eau car nous partons directement sur le champs! Tout se passe donc très vite, pas le temps de demander quel est le salaire ni où nous allons dormir mais peu importe, on commence à arracher nos oignons avec le sourire.
Ce qu’on ne savait pas encore, c’est qu’arracher les oignons n’est pas une partie de plaisir, mais alors pas du tout… Certains ne veulent pas sortir de terre, il faut tirer dessus de toutes ses forces à deux mains et les doigts sont vite engourdis, la position au ras du sol toute la journée est très douloureuse pour le dos, les tiges d’oignons se cassent et la sève d’oignon vous dégouline dessus, et la sève d’oignon, ça sent vraiment pas bon, même après plusieurs douches, impossible de se débarrasser de l’odeur! Et la douche, parlons-en…
Scott n’est pas un fermier, c’est en fait un intermédiaire qui envoie les pickers dans les différentes fermes des environs. Il loge dans un motel avec lequel il a passé un arrangement. Toutes les chambres sont occupées par des pickers qui s’entassent parfois à 5 ou 6, et il nous fait une fleur en nous disant qu’on peut garer notre van derrière le motel pour 25$ chacun par semaine. On arrive là après la première journée de travail et on découvre un champs boueux, sans eau courante ni électricité, dans lequel est déjà garée une vingtaine d’autres vans. Et pour la douche et les toilettes, il faut aller frapper à la porte des chambres et demander aux occupants de monopoliser leur salle de bain dégueulasse. Imaginez 60 pickers sentant l’ognion, qui débauchent tous en même temps et qui rêvent tous d’une douche se partageant 5 salles de bain : attente interminable, pas d’eau chaude et propreté vraiment limite!
Et tout ça pour quoi? Pour 38$ par bin remplie. La bin est une sorte de contener, un peu plus d’un mètre cube, mais nous n’en remplissons que 2 ou 3 à deux, en 12 heures de travail… En faisant un rapide calcul, on se rend compte que ça nous rapporte environ 5$ par heure et par personne, une misère…
Ici, il n’y a pas de syndicat mais suffisament de français parmis les travailleurs pour que la colère gronde… En 24 heures, 50 des 60 pickers avaient démissionné, nous y compris!
Il ne faut pas croire que tout était horrible là-bas… Nous avons rencontré des gens très sympa, fait la fête dans le bus boueux du boulot pour se protéger de la pluie, et on se souviendra longtemps du picking des oignons, au moins jusqu’à ce qu’on se débarrasse complètement de l’odeur sur nos mains.
Nous avons donc quitté Aratula et sommes retournés à Brisbane, en compagnie de quelques copains en van rencontrés à Aratula. Il faut encore une fois signaler que la pluie était là. La visite de la ville s’est donc fait à vive allure et nous avons passé la journée du dimanche à l’abri dans la super bibliothèque équipée d’internet en wifi et de super canapés…
C’est à Brisbane que nous avons passé le coup de fil qui nous a amenés jusqu’à l’endroit où nous sommes en ce moment. Comme la première fois, on nous dit qu’il faut des pickers d’oranges, mais à Gosford. On regarde sur une carte et on se rend compte que Gosford se trouve à presque mille kilomètres, juste au nord de Sydney! Alors on réfléchit bien, on ne voudrait pas rater trop de trucs sur la route, mais bon, la pluie devenant vraiment prise de tête sur la région de Brisbane et le besoin d’argent ne pouvant plus attendre longtemps, c’est en deux jours que nous avons fait le trajet, sur une route détrempée (non, ce n’est pas une région de lacs!).
Pendant toute la route, nous avons redouté de tomber sur un autre plan foireux mais en arrivant à Gosford (à Somersby, pour être précis) nous avons trouvé le soleil et une petite exploitation familiale, tenue par Max et son fils Paul. Leur activité principale est l’élevage de volaille de batterie et ils avaient besoin de quelqu’un pour récolter les oranges. Nous sommes donc les deux seuls pickers dans cette ferme, directement employés par le fermier. Nous avons pu nous garer juste en face du champs d’orangers, avec prise électrique, toilettes, salle de bain et machine à laver à disposition, sans payer quoi que ce soit! Nous avons donc pu nous amenager un petit squat sympa, vu que nous sommes ici à priori jusqu’à Noël.
Le boulot se passe très bien, pas de superviseur sur le dos toute la journée comme dans les oignions. On gère notre rythme comme on veut, de toute façon, nous sommes payés au rendement, 35$ par bin remplie. On arrive à faire 5 ou 6 bins par jour, en commençant à 7h et en arrétant à 16h. On prend même le temps de faire une micro sieste à la pause déjeuner.
Et le week-end, nous pouvons en profiter, la plage est toute proche! Avec des vagues et un super spot de pêche. Nous avons même retrouvé nos amis des oignions qui ont suivi la même route que nous.
Voilà, réveil qui sonne le matin, semaine de boulot, week-end sympa entre potes… On retrouve un rythme qu’on commençait à oublier… Vivement les vacances de Noël!